Faire une différence avec la recherche scientifique

Pour Stéphanie Guilherme, professeure au Département de génie civil et de génie des eaux, la représentation scientifique féminine permet à la relève de croire en ses capacités. Dans ce même objectif et en cette Journée internationale des femmes et des filles de science, nous vous présentons son profil en tant que chercheuse axée sur l’accès à l’eau dans les communautés autochtones nordiques.

La recherche, une question de valeurs
Passionnée par les sciences et plus particulièrement par ses applications en environnement, la professeure Guilherme a débuté ses études à l’ESPCI École d’ingénieur située à Paris. Dans le cadre de ses études, elle réalise un stage à Veolia Recherche & Innovation dans le traitement de l’eau. L’expérience confirma son intérêt pour cette spécialisation qui se raffina dans une maîtrise en toxicologie, environnement et santé suivie d’un doctorat en aménagement du territoire à l’Université Laval, sur la qualité de l’eau dans les petites communautés de Terre-Neuve et Québec. Celles-ci sont souvent plus vulnérables aux changements climatiques et subissent davantage les effets sur leur santé, mais possèdent des ressources limitées pour les gérer. « On sent les gens engagés parce qu’ils vivent la problématique directement. On sent que notre impact est fort quand on fait de la recherche là-dessus », mentionne la professeure Guilherme. Au-delà d’être aujourd’hui sa carrière, elle associe la recherche à un moyen d’aider les autres qui est intimement liée à ses valeurs personnelles. 

Étudier la qualité de l’eau potable dans le Nord
Dans le cadre de ses travaux de recherche, elle étudie la qualité de l’eau potable dans les communautés du Nunavik. Il faut savoir que la majorité de celles-ci n’a pas de réseau de distribution d’eau potable et que ce sont des camions-citernes qui vont distribuer l’eau dans des réservoirs à domicile. Il suffit donc d’une seule pièce défectueuse sur le camion pour empêcher la distribution d’eau dans les domiciles, les écoles ou même les centres de santé. En étant dépendants de ce système vulnérable, les populations ont un accès limité à l’eau potable. Qui dit manque d’eau, dit réduction des pratiques de mesures d’hygiène de base, dit affaiblissement de la protection contre les maladies infectieuses, et bien d’autres effets. « C’est impressionnant comment en génie civil et en génie des eaux, l’impact sur nos infrastructures et le fonctionnement des systèmes de traitement des eaux peut avoir des répercussions sociales et sanitaires sur la population », souligne-t-elle.

En ce moment, le niveau de la qualité de l’eau est connu du transport entre l’usine de traitement jusqu’au camion-citerne seulement. Les projets de son équipe étudiante, qui est majoritairement féminine, permettent de fournir des données aux communautés sur la qualité de l’eau qu’elles consomment directement depuis leurs réservoirs. « J’ai mis en place un comité avec les municipalités et les autorités régionales pour qu’on développe ensemble des projets de recherche qui répondent aux besoins des communautés », explique Stéphanie Guilherme. D’ailleurs, les informations collectées par une étudiante au doctorat, Anna Covey, qui faisait la surveillance des lacs autour du village de Kangiqsualujjuaq ont permis à la population d’agir rapidement face à une fuite dans la canalisation principale qui pompait l’eau de la source principale du village, menaçant ainsi la disponibilité de l’eau pour l’hiver. Grâce au partage de ces données scientifiques précieuses, les autorités régionales et locales ont pu mieux comprendre ce qui s’était passé et ainsi mettre en place une réponse adaptée afin d’assurer l’approvisionnement en eau pour l’année.

Se projeter pour mieux ambitionner
« Durant mes études, j’aurais aimé avoir plus de professeures ou de modèles féminins. Ça m’aurait permis de plus facilement me projeter », souligne Stéphanie Guilherme. Selon elle, avoir des exemples permet de pouvoir constater qu’il est possible d’occuper de tels postes et donc de croire en ses capacités, ce qui permet de réduire le syndrome de l’imposteur. Ses collègues en génie des eaux comme Geneviève Pelletier et Elena Torfs font d’ailleurs partie des personnes qui l’inspirent, tout comme ses multiples collègues féminines d’autres départements et universités. Les étudiantes et étudiants sont aussi une source d’inspiration importante, elle admire leur motivation, passion et curiosité.

Quel est son conseil pour la relève féminine qui hésite à étudier ou à travailler en sciences? « T’es capable. Même s’il y a des embûches, tu vas passer à travers », s’exprime-t-elle. Le fait d’essayer et de prendre des risques implique également qu’il faut accepter les échecs, mais cette mentalité est possible quand on est sa meilleure alliée.

 

Nous sommes fiers de compter parmi notre équation humaine des étudiantes, des professeures, des professionnelles de recherche et des membres du personnel empreintes d'une passion indéniable pour les sciences et le génie qui guide la relève. Les modèles inspirants étant nombreux à la Faculté, nous vous invitons à consulter les articles suivants pour en connaître d’autres :

Stéphanie Guilherme

La professeure Guilherme à la station météo de Kangiqsualujjuaq.