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Entre science et cordes sensibles : TTER au LARSEM et passionnée de violon

Dans les sous-sols du LARSEM*, les bassins et les systèmes d’eau rythment le quotidien. Une technicienne veille au bon fonctionnement d’un univers bien particulier. Entre rigueur scientifique et imprévus constants, elle a appris à s’adapter, à garder son sang-froid et à trouver son équilibre, notamment grâce au sport et au violon, qui lui permettent de garder force, coordination et patience pour manipuler l’eau… qui, comme elle le rappelle souvent, « c’est lourd ! ».

Quelles études avez-vous fait pour ce poste ?

J’ai complété un baccalauréat en biologie marine* en 2007. Pendant mes études, j’ai notamment eu comme enseignant Boucar Diouf, dont l’humour et la pédagogie ont marqué mon parcours. En sortant de mes études, j’ai rapidement réalisé que la paperasse et les ordinateurs n’étaient pas faits pour moi ; la maîtrise et le doctorat ne m’intéressaient pas, je voulais toucher le terrain. J’ai donc choisi de compléter une année supplémentaire en aquaculture* à l’École des pêches et de l’aquaculture du Québec, en Gaspésie, ma région natale. Ce qui m’attirait particulièrement, c’était la mariculture* — la culture en mer de moules, de pétoncles et d’autres espèces — et l’opportunité de travailler directement sur les bateaux. C’est au cours de cette formation que j’ai entendu parler du LARSEM*. Sans attentes particulières, j’ai envoyé mon CV par curiosité, et quelques semaines plus tard, on m’appelait pour remplacer une employée en congé. Je n’en suis jamais repartie depuis.

Depuis combien de temps êtes-vous en poste ?

Je suis entrée dans le milieu de la recherche un peu par hasard. On m’a appelée rapidement pour remplacer une employée en congé, et je ne suis jamais repartie. Cela fait aujourd’hui près de dix-huit ans que j’y travaille, dont environ deux ans comme TTER*.

Qu’est-ce qui distingue votre rôle des autres TTER ?

Je travaille dans un laboratoire spécialisé en aquaculture. Mon rôle se distingue des autres TTER du campus par une expertise très spécifique liée aux poissons et aux systèmes aquatiques. Ce sont des tâches techniques qui demandent une formation particulière.

Y a-t-il un moment de la journée que vous préférez particulièrement dans votre milieu de travail ?

Ce que j’aime le plus, c’est qu’il n’y a pas deux journées pareilles. On commence souvent la journée en se demandant ce qui s’est passé pendant la nuit : est-ce qu’un système est brisé ? Y a-t-il un problème urgent ? Avec le vivant, tout peut changer rapidement.

À quoi ressemble une journée typique ?

Une journée débute toujours par la vérification des urgences. Dès l’arrivée, on consulte les courriels pour voir s’il y a eu un problème pendant la nuit, puis on fait une tournée rapide des installations. Même si plusieurs paramètres comme l’oxygène, la température ou le niveau d’eau sont automatisés, il ne faut jamais s’y fier complètement : il faut aller voir de ses propres yeux si les systèmes fonctionnent bien et si les animaux sont en santé.

Les soins aux animaux passent toujours en priorité. On s’assure que tout le monde va bien, qu’il n’y a pas de comportement anormal ou de mortalité. Ensuite, la journée s’organise selon les besoins : entretien des systèmes, ajustements techniques, soutien aux projets de recherche ou accompagnement des étudiants. Certaines interventions demandent une grande précision, comme le prélèvement d’ovocytes* sur des grenouilles, où il faut guider les étudiants stressés ou prendre le relais pour assurer le bien-être de l’animal et le bon déroulement du protocole. D’autres journées impliquent de travailler dans des zones de confinement, avec des protocoles stricts* qui limitent les sorties et nécessitent une planification minutieuse.

Chaque journée est unique et dépend des animaux, des projets et des imprévus. Il faut constamment s’adapter, rester vigilant et être prêt à intervenir rapidement. C’est exigeant, mais c’est aussi ce qui rend le travail stimulant.

Quelle partie de votre travail vous rend la plus fière ?

Ce qui me rend le plus fière, c’est d’aider les étudiants et les chercheurs à mener leurs projets à terme. Recevoir un simple « merci » peut faire toute la différence dans un travail souvent discret. 

Un projet marquant ?

Un projet marquant a été la production d’ombles de fontaine double haploïdes*, une première importante pour le laboratoire, qui a exigé une collaboration étroite et beaucoup de rigueur. 

Quelles qualités sont essentielles ?

Les qualités essentielles pour ce métier sont la gestion des priorités, le sang-froid, la minutie, la rigueur et la capacité à travailler avec le vivant.

Quel conseil donneriez-vous à vos débuts ?

Je dirais de ne pas trop se laisser envahir par le stress. Avec l’expérience, on apprend à garder son calme et à gérer la pression du quotidien. Je conseillerais aussi de prendre soin de sa condition physique : ce travail est exigeant, entre le transport de matériel lourd et les tâches répétitives. Pour moi, le sport et le violon sont essentiels : ils m’aident à garder ma force, mon endurance et ma concentration, et à rester patiente face aux imprévus. 

Comment décririez-vous votre environnement ?

C’est une animalerie aquatique : un environnement humide, sombre et parfois odorant. On finit par s’y habituer, un peu comme quand on vit en campagne — on ne sent plus certaines odeurs. Malgré cela, le travail reste très stimulant, surtout grâce aux projets et au contact avec les étudiants. Travailler en petite équipe facilite la communication et l’entraide.

Qu’est-ce que ce métier vous a appris ?

Ce métier m’a appris à m’adapter, à gérer mon stress et à avoir confiance en moi. Travailler avec le vivant implique une grande responsabilité et beaucoup d’imprévus. Avec le temps, on développe une capacité à rester calme et à réagir rapidement, même lorsqu’une situation devient urgente ou stressante.

Glossaire des termes scientifiques

  • Biologie marine* : Étude des organismes vivants et de leurs interactions dans l’environnement marin.
  • Aquaculture* : Élevage et production d’organismes aquatiques (poissons, mollusques, crustacés) dans des environnements contrôlés.
  • Mariculture* : Branche de l’aquaculture pratiquée en milieu marin, souvent en pleine mer ou sur des structures flottantes.
  • TTER* : Technicienne en Techniques Expérimentales de Recherche.
  • Ovocytes* : Cellules reproductrices femelles (ovules immatures), utilisées en recherche pour étudier le développement et la reproduction.
  • Ombles de fontaine double haploïdes* : Poissons produits en laboratoire avec un seul jeu de chromosomes, utilisés pour la recherche génétique et la conservation.