100 ans d’éveil et de progrès scientifiques

«La chimie est une science qui exige beaucoup d’observation, de jugement, de la méthode, un certain esprit d’initiative et une curiosité toujours en éveil.», telle était la vision avant-gardiste de Paul Cardinaux, premier directeur de l’École supérieure de chimie en 1920.

L’histoire de la chimie au Québec est marquée par de grands débats, des efforts de sensibilisation soutenus et des exploits remarquables. Au début du 20e siècle, des hommes et des femmes prennent conscience du rôle majeur qu’ont les sciences dans le développement économique et technologique de notre société. De 1920 à 1937, des visionnaires tracent la voie de l’enseignement des sciences modernes à Québec. Une voie inconnue et incertaine aux yeux de la population et de la relève. L’éveil et la vulgarisation scientifiques sont au cœur de la mission des chimistes de l’Université Laval depuis les fondements de la première structure institutionnelle.

La création de l’École supérieure de chimie a lieu dans un contexte d’après-guerre où l’on commence à comprendre l’importance de la chimie industrielle. C’est notamment pour former des chimistes aptes à travailler en industrie que l’Université Laval accepte de créer cette école, le 29 octobre 1920. L’Université Laval marque alors son entrée dans le monde scientifique contemporain. Avant même les structures, les institutions ou les disciplines, ce sont des gens passionnés qui en font son histoire. Dans une série de portraits et de reportages publiée tout au long de l’année, nous vous ferons voyager à travers les époques afin de vous faire revivre les petites et grandes victoires des précurseurs, des maitres et de la relève en chimie à l’Université Laval.

Commençons d’abord par un bref retour historique, pour comprendre comment tout a commencé.

Georges Garneau, Alexandre Vachon, Paul Cardinaux, Philéas Fillion et la création d’une École

Ces quatre professeurs de sciences sont les précurseurs de l’enseignement moderne de la chimie au Québec. À cette époque, leur apport institutionnel est beaucoup plus marquant que leur apport scientifique. Ils ne mènent que très peu de recherches originales pour appuyer leur enseignement, mais éveillent la communauté universitaire à l’importance d’offrir une formation de haut calibre en chimie.

Porte-parole de l’industrie chimique, Georges Garneau considère que le rôle du chimiste est d’assurer la valeur réelle et constante d’un produit. Il insiste sur la formation pratique des étudiants en laboratoire pour observer et exercer les différentes manipulations propres au travail de chimiste. C’est d’ailleurs en grande partie grâce à son influence dans le milieu des affaires que l’Université Laval recueille deux millions de dollars pour créer l’École supérieure de chimie.

Alexandre Vachon a 37 ans lorsque l’École est fondée. Il part aux États-Unis et à Paris pour parfaire ses connaissances et ses techniques en laboratoire. Admiré de ses étudiants, il enseigne la minéralogie et la géologie de 1921 à 1923. Les plus grandes contributions d’Alexandre Vachon au domaine de la chimie demeurent ses encouragements donnés aux étudiants, son contact privilégié avec les employeurs potentiels, l’attribution de bourses d’excellence et les communications scientifiques faites lors de congrès. Son implication dans les premières années de l’École est inestimable.

Philéas Fillion, fils d’agriculteur originaire de l’île d’Orléans, est formé en chimie à Paris. C’est durant cette année d’analyse chimique qu’il apprend à aimer cette discipline scientifique. À son retour, il est responsable d’équiper les premiers laboratoires de l’École. Il poursuit ses études à Ottawa, Cambridge et Harvard. Il est sans doute le professeur le mieux formé en chimie de l’époque. Fillion appuie Garneau dans ses démarches auprès des hommes d’affaires de Québec. Après avoir enseigné la chimie minérale, il devient recteur de l’Université de 1929 à 1932.

Originaire de Suisse, le docteur en chimie analytique Paul Cardinaux s’installe au Québec en 1921. Il est engagé à l’Université Laval pour structurer l’enseignement de cette nouvelle discipline. Il concentre d’abord son action vers la formation de chimistes professionnels, aptes à travailler dans l’industrie. Il réaménage les locaux et équipe les futurs laboratoires d’enseignement. Les autorités de l’Université ont confiance en ce «personnage impressionnant, très digne d’allure et d’apparence à qui on ne pouvait pas ne pas donner du monsieur le directeur». Après son départ de l’Université Laval en 1925, Alexandre Vachon lui succède comme directeur de l’École.

C’est à l’ouverture de l’École de chimie que l’Université investit de façon importante dans l’instrumentation scientifique. Les professeurs disposent alors de deux laboratoires pour mettre en pratique la théorie et mener quelques recherches, soit le laboratoire Lavoisier et le laboratoire Sterry Hunt. On peut alors lire dans les journaux: «L’École supérieure de chimie est organisée selon le mode le plus moderne : elle sera la réplique des institutions de même nature qui fleurissent en France, en Suisse et en Allemagne. Les locaux sont aménagés d’après les données scientifiques les plus à jour, et de façon tout à fait parfaite du point de vue appareils, verrerie et produits chimiques. On s’est pourvu en France de tout ce que doivent renfermer des laboratoires dernier cri.». En 1924, on construit un nouvel édifice pour y loger l’École supérieure, l’École d’arpentage et la Faculté de foresterie. En 1926, on inaugure les nouveaux laboratoires devant les journalistes. Outre les laboratoires de chimie analytique et de chimie organique, on y retrouve des laboratoires de physique, de botanique, de minéralogie et de recherches industrielles.

En 1926, l’Association des chimistes professionnels du Québec fait son apparition.  Cependant, l’appellation du diplôme octroyé aux étudiants de l’école supérieure demeure vague. Ce n’est qu’en 1936 qu’on officialise le nom en décernant les premiers diplômes de baccalauréat en sciences appliquées. Les étudiants qui terminent une année de recherches supplémentaire et qui présentent une thèse originale ont droit au titre de maitrise en sciences. Un an plus tard, en 1937, l’Université Laval fonde la Faculté des sciences et de génie.  

Ces dix-sept années au cours desquelles Alexandre Vachon, Georges Garneau, Paul Cardinaux et Philéas Fillion défendent l’enseignement de la chimie marquent une transformation importante de notre société qui accorde dorénavant une place plus importante aux disciplines scientifiques.  Les valeurs mises de l’avant par ces pionniers, c’est-à-dire la culture, l’innovation et la vulgarisation scientifiques, la formation de haut niveau et l’adéquation avec l’industrie résonnent dans notre monde actuel et répondent toujours aux grands enjeux du moment! Il s’agit d’un héritage incroyable pour les générations qui leur ont succédé.

Restez à l’affut de nos prochaines publications pour redécouvrir les 100 ans d’histoire du Département de chimie, notamment l’arrivée des premières femmes en 1944!