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Du sténopé à la caméraL'invention du sténopé remonte à l'Antiquité. Aristote (384-322 av. J.-C.) perçait un trou dans un mur d'une pièce sombre pour obtenir une image renversée de tous les objets placés devant cet orifice à l'extérieur. Cette invention fut surtout utilisée pour l'observation des éclipses solaires.
Le mathématicien arabe Alhazen (965-1039), connu aussi pour sa description de la vision, a établi les formules mathématiques du sténopé. Il a pu expliquer la vision binoculaire, mais il a été fort embêté par l'image renversée de sa chambre noire. En effet, pour comparer la pupille à un sténopé, il fallait accepter qu'on voit à l'envers, pas qui ne sera franchi qu'au 19e siècle. Certains artistes de la Renaissance ont expérimenté avec la camera obscura (chambre noire) afin de mieux rendre la perspective des paysages. Il faut comprendre qu'auparavant, les schémas et peintures ne reproduisaient pas la troisième dimension et paraissaient plats, sans profondeur. Les études architecturales de Filippo Brunelleschi (1377-1446) ont alors permis de représenter, sur une surface plane, une réalité en trois dimensions. Pour démontrer l'efficacité de l'utilisation de lignes de fuite, il a conçu un étrange appareil. Un trou était percé au point de fuite d'un paysage. L'observateur se plaçait derrière la peinture pour voir l'uvre dans un miroir vu à travers le trou. Ainsi on pouvait comparer la réalité et l'image simplement en se plaçant devant le vrai paysage et en retirant le miroir. Ce n'est qu'en 1515 qu'on a retrouvé des traces des travaux d'Alhazen dans le monde occidental. Léonard de Vinci a alors décrit la camera obscura. Le principal défaut du sténopé était de donner une image peu lumineuse. Si on agrandissait le trou pour avoir plus de lumière alors l'image devenait floue, puisqu'on s'éloignait du cas idéal d'une source ponctuelle. La solution était de remplacer le trou par une lentille. On attribue à tort cette découverte à Giambattista della Porta (1535-1613) puisqu'il a publié cette idée en 1589 dans le dix-septième volume de Magia naturalis. Cependant, le Vénitien Daniello Barbero a publié l'idée, vingt ans plus tôt, dans La practica della perpettiva (Venise, 1569). Il existe même une description plus ancienne, mais moins claire dans De subtilitate, publiée en 1550 par Gerolamo Cardano (inventeur du joint de cardan utilisé dans certaine transmission d'automobile). La camera obscura est devenue à la mode au milieu du 17e siècle alors qu'on l'utilisait lors de fêtes foraines pour des spectacles de magie. Christiaan Huygens en a fait la promotion au Danemark. Certains artistes danois l'ont alors utilisé pour tracer des paysages avant de les peindre. C'était le cas, entre autres, du peintre Jan Vermeer (1632-1675).
Les chambres noires portatives composées de deux pièces s'emboîtant l'une dans l'autre de manière à régler efficacement la mise au point ont fait leur apparition au 17e siècle. Ces chambres ressemblaient beaucoup aux premiers appareils photographiques. Compactes et munies de lentilles permettant différentes longueurs focales, elles constituaient les prototypes des appareils employés par Nicéphore Niépce et Jacques Daguerre, les inventeurs de la photographie, au 19e siècle.
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